Pas de veine pour la céphalique

par Pyj

Vous me passerez ce jeu de mots minable, je n’ai pas pu résister.

Me baladant au gré des courants internetiques, je suis tombée sur cet article qui interpelle les professionnels cathétérisants au sujet de la bien connue -et si pratique- veine de l’anesthésiste. De nombreux cas de lésions nerveuses seraient recensés auprès des patients ayant été perfusés sur cette veine, sans séquelles pour la plupart mais relativement douloureuses et invalidantes le temps de la « guérison ». L’article cite quelques sources que je vous copie :

Anesthesia Analgesia 2001,  petite citation (la conclusion de l’étude) et sa traduction :

First, there is a tiny but real risk of nerve lesion when puncturing a vein, because veins and nerves always intersect at some point. Second, it seems difficult to determine a point where there would be no such risk, because the intersection may occur anywhere, from the emergence of the nerve between the tendons of the brachioradial muscle and long radial extensor muscle of the wrist to its terminal branches on the back of the hand. Although it may be impossible to determine a safe area for nerve lesions, obviously there is no risk of damagingthe superficial branch of the radial nerve above its emergence in the subcutaneous fascia. According to our findings, it emerges between 6 and 11 cm above the level of the styloid process of the radius. For the risk of nerve lesion to be minimal when puncturing the vein on the lateral or dorsal aspects of the wrist, we suggest that punctures should be made at least 12 cm (e.g., approximately eight finger breadths) above the styloid process of the radius.

Tout d’abord, le risque de provoquer une lésion nerveuse en ponctionnant une veine est léger mais réel, car les veines et les nerfs s’entrecroisent toujours à un point ou un autre. Ensuite, il semble difficile de déterminer un point où il n’y aurait aucun risque car ces intersections peuvent se situer n’importe où, du point d’émergence du nerf entre les tendons du muscle brachioradial et tout le long du muscle extenseur radial du poignet jusqu’à ses branches terminales sur le dessus de la main. Mais bien qu’il soit probablement impossible de déterminer une zone sans risque de lésions nerveuses, il est clair qu’il n’y a pas de risque d’endommager la branche superficielle du nerf radial au dessus de son émergence dans le fascia sous-cutané. Si l’on se fie à nos découvertes, elle émerge entre  6 et 11cm au dessus du niveau du processus styloïde du radius. Pour que le risque de lésion nerveuse soit minimal au cours de la ponction veineuse sur la face latérale ou dorsale du poignet, nous suggérons donc que la ponction soit faite au moins à 12cm soit environ 8 largeurs de doigt au dessus du processus styloïde du radius. (traduction by myself, aussi exacte que possible)

Autres sources :

Journal of Clinical Anesthesia (consultation payante, je ne l’ai pas lu)

AANA J, dont voici une citation également, citation de l’extrait qui détermine le cahier des charges en cas de ponction de la céphalique:

First, if inserting an i.v. catheter in the cephalic vein, be conscious of the proximity of the superficial peripheral nerves. Second, if a paresthesia is elicited when inserting an i.v. catheter, withdraw the catheter immediately. Third, if a patient complains of paresthesias or numbness near the i.v. site, remove the i.v. catheter immediately. Fourth, limit the amount of probing after inserting the catheter into the skin. Finally, if nerve damage is suspected from a peripheral i.v. cannulation, consult a hand specialist promptly.

Premièrement, si vous insérez un cathéter intraveineux dans la veine céphalique, soyez conscient de la proximité des nerfs périphériques superficiels. Deuxièmement, si une paresthésie vous est signalée à l’insertion, retirez le cathéter immédiatement. Troisièmement, si un patient se plaint de paresthésie ou d’engourdissement à proximité du site de cathétérisation, ôtez le cathéter immédiatement. Quatrièmement, limitez les « recherches » une fois le cathéter inséré sous la peau (= ne cherchez pas trop la veine si vous ne tombez pas dedans direct) Enfin, si vous suspectez un dommage nerveux suite à une cathétérisation intraveineuse périphérique, consultez un spécialiste de la main rapidement.

Ann Acad Med Singapore qui recoupe les autres

Bien entendu comme toujours, on jouera de la sacro-sainte balance bénéfice/risque avant de se lancer dans la recherche éperdue d’une autre veine, si la-dite céphalique se présente bien et que le patient semble avoir besoin de son shot d’adré pour assurer un tracé ECG compatible avec la vie.

Si cette notion est bonne à garder à l’esprit au moment de perfuser madame Michu, n’oublions pas cependant les autres règles de bonne pratique -commencer par les sites les plus distaux avant de remonter si madame Michu semble devoir être porteuse de perf’ au long cours, éviter le pli du coude qui ne donne que des perf’ positionnelles qui finiront par se boucher, éviter le dos de la main -fragile et sensible-, etc- et choisir en amateur éclairé le site parfait.

Si madame Michu s’avère être en fait monsieur Jeune-homme-au-veinage-fantasmatique, faites vous plaisir, palpez les vaisseaux sans trop baver, bandez-vous les yeux, posez un gris sans garrot (les rouges ça fait vraiment trop mal) et pensez à moi.

Comme je me sens d’humeur pédagogue, un autre petit lien pour rappeler la technique souhaitable pour la pose d’une perf et vous pourrez même y trouver un petit schéma des veines disponibles dans le bras et la main. A vous de faire votre choix!

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